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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 20:16


Qui est Pierre Soulages ? Pierre Soulages est né en 1919. Il sera admis à l'Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts mais convaincu de la médiocrité de cet enseignement il refusera d'y entrer. Après 1946, il se consacre presque entièrement à la peinture et côtoie les plus grands peintres abstrait. Sa peinture abstraite réalisée avec une palette restreinte compose avec les effets de la lumière, des surfaces noires et du clair-obscur. Pierre Soulages est un artiste contemporain majeur et un musée Soulages verra le jour sous peu à Rodez sa ville natale.

« Le noir est antérieur à la lumière. Avant la lumière, le monde et les choses étaient dans la plus totale obscurité. Avec la lumière sont nées les couleurs. Le noir leur est antérieur. Antérieur aussi pour chacun de nous, avant de naître, "avant d'avoir vu le jour".  Ces notions d'origine sont profondément enfouies en nous. Est-ce pour ces raisons que le noir nous atteint si puissamment ? […] J'aime l'autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs et lorsqu'il illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur sombre.

Un jour je peignais, […] les différences de textures réfléchissaient plus ou moins faiblement la lumière et du sombre émanait une clarté, une lumière picturale dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre […]. Mon instrument n'etait plus le noir mais cette lumière secrète venue du noir. […] Pour ne pas les [les peintures] limiter à un phénomène optique j'ai inventé le mot Outrenoir, au-delà du noir, une lumière transmutée par le noir et, comme Outre-Rhin et Outre-Manche désignent un autre pays, Outrenoir désigne aussi un autre pays, un autre champ mental que celui du simple noir. » Pierre Soulages, Le Noir. Dictionnaire des mots et expressions de couleur XXe-XXIe siècle Annie Mollard-Desfour, CNRS Éditions.

 


Ce que j’aime chez Soulages, c’est le caractère imposant et grave de ses toiles. Leur présence. Leur pouvoir attractif. J’aime leur rythme. J’aime savoir qu’une photographie ne peut pas transmettre l’émotion des reflets de lumière vibrants qui émanent et composent avec le noir. On ne peut en effet apprécier une toile que si l’on est en sa présence physique. L’authenticité et l’expérience sensible du spectateur caractérisent vraiment ses œuvres. J’aime l’aspect artisanal du travail de Soulages qui consiste régler la rugosité d'une surface sans chercher aucune figuration. J’aime la façon lente, patiente, attentive et créative avec laquelle il a conçu les vitraux de l’Abbatiale de Conques.


Réflexion de/sur la lumière :

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la lumière qui est en jeu dans les tableaux noirs de Soulages. Pour le comprendre, il faut s’intéresser à la surface des toiles. Les brosses, les lames ou les pinceaux qu’il confectionne lui-même creusent dans l’épaisse couche de peinture des sillons, des stries, des reliefs ou bien lissent des à plats. La rugosité des toiles fait alors naitre des reflets, ordonnés par l’artiste. Le mélange optique entre la luminosité des reflets et le noir fait apparaître une palette beaucoup plus large dont la qualité est si particulière.




Dès lors, chaque tableau devient vivant, il se fait avec la lumière, se transforme et se construit devant les yeux du spectateur qui se déplace. A partir d’une couleur, naissent et vivent des couleurs, rythmées par le rythme des traces dans la peinture.

Il en résulte qu’une œuvre de Soulages se vit et ne peut s’apprécier en reproduction photographique. Elle constitue une expérience.

« Là, c'est la lumière qui émane du noir lui-même, et qui vibre, se module sous les yeux de celui qui regarde, qui voit naître et disparaître des formes. »




Les vitraux de l’Abbatiale Sainte Foy de Conques (Aveyron) :

L’Abbatiale Sainte Foy est un chef d’œuvre de l’art roman, située à Conques sur la route du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Proche sa ville natale, l’Abbatiale est chère à Soulages car c’est le lieu où il a éprouvé ses « premières émotions artistiques ». Il accepte donc en 1987, la proposition qui lui est faite de réaliser les vitraux. Il terminera ses travaux sept ans plus tard, en 1994, après de nombreux essais sur le site.

Soulages fonde sa recherche sur "une analyse objective de l'architecture" et se laisse "inspirer par le monument tel qu’il est parvenu jusqu’à nous". Par ce moyen, il trouve une réponse aux exigences de l’historicité du monument à l’égard de son travail d’artiste.

Les cent quatre percements de l’Abbatiale rendent compte de l’importance de la lumière dans l’architecture romane. Soulages souhaite donc une surface laissant passer la lumière, la lumière naturelle, capable d’inonder l’Abbatiale. Ce sera une surface « émettrice de clarté » et à la fois opaque à la vue. Elle sera ainsi une ouverture, en ce sens qu’elle permettra un éclairement naturel et une clôture qui contiendra le regard. Cette surface, Soulages la mettra lentement au point, faisant de la temporalité exprimée par les variations de la lumière du jour (selon les heures et les saisons), une composante essentielle. Il créé un verre constitué de grains blancs répartis de façon non homogène qui transforme la lumière naturelle. Les rayons sont réfléchis différemment à chaque point de la surface si bien qu’à l’intérieur, la lumière devient vivante et prend des teintes subtiles.

Par contraste avec les rectilignes horizontales et verticales qui dominent l’édifice, Soulages propose des lignes de plomb souples et obliques. Il supprime également les bordures des vitraux qui auraient étaient redondantes avec la maçonnerie.

 


La surface des vitraux est opalescente, la lumière obtenue délicate, changeante et accompagnée par ces lignes courbes. Le lieu de culte reste préservé du milieu extérieur et il est encore plus rythmé par la course du soleil. Les vitraux sont en accord avec le monument, la lumière en accord avec la pierre, l’atmosphère en accord avec le lieu de prière. Soulages magnifie le monument et le donne à voir dans le plus grand respect de ses valeurs et de son historicité. Il réussit ainsi le difficile exercice de s’insérer dans un monument historique.



Où voir des œuvres de Soulages ? Pierre Soulages expose partout dans le monde dans les plus prestigieux musées. En France, citons principalement le musée de Grenoble, le musée Fabre de Montpellier, le Centre Georges Pompidou à Paris, le musée d'art moderne de la ville de Paris (palais de Tokyo), les Abattoirs de Toulouse.

 


 


 

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Published by jean-charles - dans Peinture
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commentaires

Nathalie 02/01/2010 20:54


Et au musée Picasso à Antibes....Merci pour ce très bel article


martine 25/01/2007 21:57

merci pour votre site riche, très intéressant et agréable à lire
Continuez...