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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 16:13

 

 

   « L’homme est quelque chose qui doit être dépassé.» (1)

 

Telle est l’extraordinaire conclusion à laquelle aboutit Nietzsche au terme de sa philosophie : un auto-dépassement de l’humanité par elle-même pour enfanter un être surhumain. Cette prophétie fait de Nietzsche un véritable philosophe de l’Histoire qui, à l’instar d’un Marx, donne un sens à l’histoire de toute l’humanité en englobant tout le cours des événements humains dans une interprétation systématique. D’ailleurs des nombreuses philosophies de l’Histoire dont nous avons hérités depuis le XVIIIème siècle, seul le marxisme, à dire vrai, semble être la seule capable de mobiliser encore les foules malgré le bilan désastreux du communisme.

Comprendre cette autre philosophie de l’Histoire nécessite cependant de plonger au cœur de la pensée nietzschéenne. C’est pourquoi, nous verrons, tout d’abord, la conception ontologique sur laquelle elle repose, afin d’en déduire une interprétation de la vie et du vivant compris comme volonté de puissance. Puis nous exposerons la physio-psychologie de Nietzsche qui, bien avant la psychanalyse, abandonne la conception traditionnelle de l’esprit pour décrire le fonctionnement de la pensée en termes de pulsion, d’inconscient et de Soi organique. De là, nous pourrons entrer dans le domaine de l’Histoire en montrant comment Nietzsche retrace la généalogie des valeurs religieuses, morales et scientifiques qui fondent toute la culture occidentale. Nous verrons comment Nietzsche devine, en Occident, l’aboutissement funeste de l’Histoire et affirme son projet politique par lequel l’humanité se fixera son nouveau but : sortir de la décadence et viser le surhumain. Enfin, nous terminerons en lavant Nietzsche de tout soupçon d’un quelconque lien idéologique avec le nazisme ; car, encore aujourd’hui, d’aucuns continuent, par des contresens grossiers et des arguments fallacieux, à perpétuer l’image mensongère d’un Nietzsche apôtre de la violence, du racisme et de l'eugénisme.

 

 

       « La terre morale aussi est ronde ! La terre morale aussi a ses antipodes ! Les antipodes aussi ont droit à l’existence ! Il reste encore un autre monde à découvrir - et plus d’un ! Aux navires, philosophes ! » (1bis)

 

 

« Aux navires, philosophes ! »  Nous vous mettons, dès  à présent, en garde concernant ce voyage philosophique : nous ne naviguerons pas sur une mer d’huile ! La traversée sera toujours difficile, parfois dangereuse. Vouloir se libérer d’une maladie civilisationnelle nécessite du courage et de la probité intellectuelle. Serez-vous capable de reconnaître votre propre décadence avec lucidité ? Saurez-vous traquer, jusque dans leurs derniers retranchements, vos instincts dégénérés et votre volonté de puissance malade ? Pourrez-vous renoncer à des parties entières de vous-même gangrénées par le nihilisme (vos valeurs, vos « vérités », vos goûts en matière d’esthétique…)? Qui plus est, vous devrez être capable de faire tout cela, et de le faire seul car la solitude est le lot inévitable d’une telle reconstruction de soi.

« Celui qui sait respirer l’atmosphère qui remplit mon œuvre sait que c’est une atmosphère des hauteurs, que l’air y est vif. Il faut être créé pour cette atmosphère, autrement l’on risque beaucoup de prendre froid. La glace est proche, la solitude est énorme – mais voyez avec quelle tranquillité tout repose dans la lumière ! » (2)

 

L’intuition dionysiaque du devenir

 

Que voyez-vous lorsque vous voyez le monde ? Telle est sans doute le point de départ de toute philosophie, la question ontologique première. Ouvrant les yeux sur le monde, Nietzsche y voit un gigantesque conflit de forces, « une mer de forces en tempête et en flux perpétuel, éternellement en train de refluer » (3). Derrière toute chose se cache des luttes. Dès lors, tout ce qui nous apparaît comme ayant une certaine unité (un corps matériel, un organisme vivant, une société, etc.) est interprété par Nietzsche comme étant un équilibre provisoire de forces hiérarchisées. En effet, la hiérarchisation est une caractéristique essentielle parce qu’il ne saurait y avoir de conflit sans victoire, sans domination et sans commandement. Ainsi, la course du monde est un « flux perpétuel » de changement d’équilibres et de renversements de domination. Le principe ontologique qui sous-tend la réalité - ainsi interprétée - Nietzsche le nomme « volonté de puissance ». « Ce monde, c’est le monde de la volonté de puissance – et nul autre ! » (4) C’est parce que chaque force essaie, à tout instant et en tout lieu, d’intensifier la puissance qu’elle est, que le monde est un gigantesque conflit de forces en tension les unes avec les autres.

Il faut bien comprendre que la volonté de puissance n’est pas une chose mais une explication. En effet, la réalité n’est composée que de forces et la volonté de puissance, pour reprendre le mot de Gilles Deleuze, est l’« élément différentiel » (5) qui se manifeste dans les rapports de force et les quantifie. L'originalité philosophique de Nietzsche est que toute volonté (nous le verrons lorsque nous traiterons de la dimension psychologique du vouloir) doit être pensée comme une relation. A l’instar d’une fraction qui n’a pas d’existence indépendante des éléments qu’elle met en rapport, la volonté de puissance n’a pas d’existence indépendante par rapport aux forces qu’elle anime. Elle explique seulement la recherche de puissance intrinsèque à chaque force et n’a pas d’existence en soi. « Ainsi, précise Gilles Deleuze, est-elle toujours présentée comme un élément mobile, aérien, pluraliste. » (5bis). La volonté de puissance est le concept-clé qui, comme tout concept-clé, est omniprésent et pourtant jamais clairement explicité car il est ce qui se comprend, à la fin, par une intuition qui éclairera tout le reste.

Ce savoir intuitif, nous pourrions le nommer : intuition dionysiaque du devenir. Par cette dernière, se dévoile l’aspect problématique, terrible et dangereux du réel qui refuse de se cacher derrières des idéaux chimériques et des constructions intellectuelles. Extrêmement puissante, elle  entraîne une série incalculable de conséquences aussi bien théoriques que pratiques. C’est toute notre conception du monde qui est bouleversée ! Nous verrons comment :

1)      au niveau théologique, elle annonce « la mort de Dieu » et retourne à Dionysos

2)      au point de vue ontologique, elle remplace l’Etre par le Devenir,

3)      au point de vue psychologique, elle remplace l’unité chimérique d’un Moi par la pluralité du Soi organique entendu comme processus.

4)      au point de vue éthique, elle exhorte à éprouver l’Amor Fati.

5)      au point de vue historique, elle appelle l’avènement du Surhumain.

 

 

La vie

 

Il est évident que l’idée d’une puissance qui se veut elle-même au travers une « volonté » est une vision du monde que Nietzsche hérite de la métaphysique de Schopenhauer où une « volonté de vivre » (Wille zum Leben), i.e. un vouloir aveugle se voulant lui-même à l’infini, explique l’intégralité du réel. Cependant si le concept nietzschéen de « volonté de puissance » (Wille zur Macht) fait écho à celui de son prédécesseur, il le dépasse car le principe schopenhauerien par lequel un être cherche à persévérer dans son être est la forme d’expression la plus minimale de l’intensification de puissance.

C’est dans la description de la vie et du vivant que la distinction entre ces deux formes de Wille se fait le plus radicalement sentir. Contre ceux qui, à l’instar de Schopenhauer, définissent le vivant comme ensemble des phénomènes qui résistent à la mort (définition négative du vivant par rapport à la matière inerte), Nietzsche insiste au contraire sur la pure positivité du phénomène vie. La vie, dit Nietzsche, est « instinct de croissance, de durée, d'accumulation de force, de puissance » (6). A l’image du lierre qui se propage sur le mur aussi loin qu’il le peut, il faut interpréter la vie non pas comme simple résistance mais comme expansion. La lutte pour la survie n’est qu’une modalité de la vie, voire même sa plus minimale expression. La vie veut intensifier sa puissance propre et non simplement se conserver.  

 

Plus encore, la recherche d’intensification du vivant est tellement opposée à la conservation de soi que la vie peut être un danger pour la vie elle-même. Ainsi si « vivre dangereusement » (7) est un risque pour l’autoconservation, cela peut-être une chance pour l’intensification de soi. C’est ce qui fait dire à Nietzsche qu’« il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même » (8) car « la vie aspire à une extension de puissance et par là même souvent met en cause et sacrifie la conservation de soi » (9). C’est ainsi que Nietzsche répond à Darwin : « — Pour ce qui en est de la fameuse « Lutte pour la Vie », (…) elle se présente, mais comme exception ; l’aspect général de la vie n’est point l’indigence, la famine, tout au contraire la richesse, l’opulence, l’absurde gaspillage même, — où il y a lutte, c’est pour la puissance... » (10).

 

http://www.montmartre-paris-france.com/images/Vangogh-oliviers2.jpgVincent Van Gogh, Les Oliviers


Le corps et la conscience


A l’affirmation précédente (« Ce monde, c’est le monde de la volonté de puissance – et nul autre ! »), Nietzsche ajoute, « et vous-mêmes, vous êtes aussi cette volonté de puissance – et rien d’autre ! » (11). En effet, le corps humain doit, lui aussi, être interprété comme un équilibre provisoire de forces hiérarchisées. Au sein de nos organes et de notre chair, il y a de dominations invisibles. Des forces dominées sont à la disposition du fonctionnement organique global (par exemple les fonctions de respiration, de digestion, de circulation sanguine, etc.). Des forces dominantes influent sur nos pensées, sur nos désirs, sur nos volitions et sur nos actes. Nous sommes nous aussi volonté de puissance car nous sommes, à chaque instant, le résultat de ce système complexe et inconscient de forces en tension. « On ne se lasse pas, nous dit Nietzsche, de s’émerveiller à l’idée que le corps humain est devenu possible ; que cette collectivité inouïe d’êtres (…) tous dépendants et subordonnées, (…), puisse vivre et croître à la façon d’un tout, et subsister quelque temps - » (12). Et Nietzsche de conclure : « et, de toute évidence, cela n’est pas dû à la conscience. » (13). Il pose ainsi la question de savoir quel rôle faut-il accorder à la conscience sachant que le corps humain a la particularité d’être un corps vivant conscient de lui-même ?

 

La conception nietzschéenne de la conscience est tout à fait surprenante. Il affirme que « dans ce « miracle des miracles » [qu’est le corps humain] la conscience n’est qu’un « instrument », rien de plus, dans le même sens où l’estomac est un instrument du même miracle » (14). Pour Nietzsche, s’il est vrai que l’être humain est un corps vivant conscient de lui-même, la conscience n’a néanmoins pas un rôle hégémonique. Elle est instrument parmi d’autres, à l’instar de l’estomac, « un moyen de plus au service du déploiement et de l’accroissement de la vie » (15). Simple instrument, la conscience a pour fonction de perfectionner l’interaction du corps avec son extériorité. C’est par la conscience que le corps humain s’oriente dans l’espace (se déplacer, chercher à manger, communiquer avec autrui, etc.) et se positionne dans le temps (se remémorer le passé, prévoir l’avenir, etc.). La conscience est « la dernière et la plus tardive évolution de l’organisme » (16), la dernière façon par laquelle le corps a intensifié sa puissance en perfectionnant son rapport à l’espace-temps.

 

La conséquence immédiate de cette conception de la conscience (comme simple instrument vital) est qu’il ne saurait y avoir de pensée, aussi abstraite et désintéressée qu’elle semble paraître, qui ne soit pas au service de la vie organique. Tel est, dès lors, le point de départ d’une nouvelle théorie de la connaissance. Si la pensée est corrélative de la vie organique, alors la connaissance repose sur une volonté de savoir qui est une autre forme de la volonté de puissance. « [V]ivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, dominer ce qui est étranger et plus faible, l’opprimer, lui imposer durement sa propre forme, l’englober et au moins, au mieux, l’exploiter (…) » (17).Par la conscience, le corps humain a une supériorité sur le reste du règne vivant : dominer et exploiter l’extériorité par la connaissance qu’il peut en avoir. Quoi de plus brutalisant, en effet, que la propension fondamentale de l’esprit scientifique, cette recherche frénétique d’une vérité objective de l’être, de la nature et de la l’homme ? De là, Nietzsche dresse le portrait de l’homme de connaissance (qu’il soit scientifique, philosophe ou théologien) : un certain type d’homme, incapable d’une manifestation brutale et tyrannique de ses pulsions dominatrices, les a  sublimé en une volonté de savoir, savant mélange de ruse, de cruauté et d’intelligence.  


Les pulsions


Si la conscience n’est qu’un instrument vital assujetti à la vie du corps, elle n’est donc qu’un épiphénomène superficiel de la vie organique. Nietzsche use souvent de la métaphore spatiale : la conscience n’est jamais qu’une « surface » et nous ignorons les processus sous-jacents qui ont lieu dans les « profondeurs » du corps. Aussi, il faut revoir toute notre conception de nous-mêmes, à commencer par l’affirmation en apparence la plus anecdotique : « je pense ». Parce que nous avons conscience de nos pensées, nous en tirons la conclusion précipitée que nous en sommes les auteurs. Mais plutôt que d’affirmer fièrement que « c’est moi qui pense » je ferais mieux de dire, en toute modestie, que « ça pense en moi » puisque les phénomènes organiques qui sous-tendent la vie psychique de ma conscience me sont inconnus (18). De la même manière que je devrais me contenter d’un « ça désire », « ça veut » encore « ça me pousse à faire quelque chose ». Par l’intermédiaire de la conscience, la domination organique de certaines forces se manifeste sous forme d’une « pulsion » (Trieb).  Le mot allemand Trieb se traduit, à la lettre, par « poussée », et exprime l’idée qu’il ne faut plus dire « je veux » mais « quelque chose me pousse en moi à vouloir », ou encore plus simplement, « ça veut ». Notons ici que Freud donnera, avec sa seconde topique, une postérité au vocabulaire nietzschéen faisant du « Ça » (Es) l’instance psychique inconsciente à l’origine de la pulsion qu’il qualifiera de « concept limite entre le psychique et le somatique », autrement dit « le représentant psychique des excitations issues de l'intérieur du corps et parvenant au psychisme » (19). Toutefois, il faut préciser la limite de ce parallèle Nietzsche-Freud car celle-ci dessine en creux deux conceptions opposées du vivant.


              Au fond, Freud retrouve l’interprétation schopenhauerienne de la vie : le vivant est cet être organique sans cesse dérangé par les évènements extérieurs, et qui cherche idéalement à retrouver la paix de la matière. En effet, dans la théorie freudienne, la pulsion amène à la conscience le sentiment d’un manque organique, et le but de la pulsion est de se débarrasser de cette  tension somatique qui dérange l’équilibre organique. Le plaisir est alors le sentiment d’un retour à l’équilibre (nommé « homéostasie »). Bien au contraire, chez Nietzsche, la pulsion est l’expression d’une victoire de forces au sein du corps, et lorsqu’elle atteint son but et conduit effectivement à la décharge de ces forces, le plaisir ressenti traduit alors le sentiment d’un auto-dépassement de soi. C’est pourquoi, nous pouvons affirmer que Nietzsche n’aurait pas souscrit à l’interprétation freudienne de la pulsion, et aurait très certainement rangé Freud du côté de ces hommes de connaissances chez qui la volonté de savoir traduit une faiblesse des instincts. « La quantité de « stable » auquel [un penseur] ne veut pas qu’on touche parce qu’il y prend appui, écrit Nietzsche,  offre une échelle de mesure de sa force » (20). Nietzsche perçoit toujours, dans la valorisation d’un idéal de stabilité - qu’il se nomme « ataraxie » chez les stoïciens (la disparition des passions), « béatitude » chez les chrétiens (le bonheur post-mortem éternel), « objectivité » chez les scientifiques (la certitude d’une connaissance absolue et définitive), ou « homéostasie » chez Freud (l’équilibre des tensions organiques) - , la faiblesse de ceux qui ne sont pas assez fort pour l’auto-dépassement du vivant et la manifestation spontanée de la volonté de puissance dans le devenir perpétuel du monde.  C’est pourquoi Stephan Zweig a raison d’affirmer que le terme « philosophe » est, à la lettre, inapproprié pour celui qui, toute sa vie, fut à la recherche d’une ivresse de vivre à l’opposé de l’image traditionnelle de l’ami de la sagesse (philo-sophos). « Rien n’était plus étranger à Nietzsche, écrit Zweig, que de parvenir au but accoutumé des philosophes, à un équilibre du sentiment, à un repos et à une tranquillitas, à une sagesse « brune » repue de satisfaction, au point rigide d’une conviction persistant une fois pour toute » (20bis). Ce commentaire de Zweig ouvre les yeux sur un préjugé solidement ancré : nous sommes encore tributaires de la définition du philosophe donnée par les Grecs. Nietzsche nous montre une nouvelle voie : faire de la philosophie aujourd’hui c’est ne plus chercher à être « philosophe » ! Oublier cette sagesse qui est la fuite dans des arrière-mondes, la dévotion à des idéaux chimériques pour lui préférer le grand « oui » à la vie, au devenir, et au réel.

 

  --> SUITE : Nietzsche, une autre philosophie de l’Histoire (2/3)

 

***

 

 

(1) Fragments Posthumes, 1884, X, 25, 454

(1bis) Gai savoir, 289

(2) Ecce Homo, preface, 3

(3) FP, XI, 38 [12]

(4) ibid. 

(5)« Le rapport de la force avec la force s’appelle « volonté » (…) la volonté de puissance est l’élément différentiel dont dérivent les forces en présences et leurs qualités respectives [actives ou réactives] dans un complexe. » op cit., p. 24.

(5bis) ibid.  

 

(6) Antéchrist, 6 

(7) Gai savoir 283

(8) Ainsi parlait Zarathoustra, II, « Du dépassement de soi »

(9) Gai savoir, 349

(10) Crépuscule des idoles, Flâneries Inactuelles, 14

(11) FP, XI, 38 [12] 

(12) (FP XI, 37, [4]) VP 226

(13) ibid. 

(14) FP, Automne 1884 – Automne 1885, 37 [4]

(15) ibid.

(16) Gai Savoir, 11

(17) Par-delà le bien et le mal, 259

(18) Par-delà le bien et le mal, 17

 

(19) Pulsions et destin des pulsions,

(20) Gai Savoir ,345

(20bis) Nietzsche, Stock, p. 72

 

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Published by julien - dans Philosophie
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commentaires

jc 20/05/2013 21:30


Lecture ce soir de l'épisode nietzschéen &/3. Tu m'y fais découvrir avec plaisir un univers de pensée que je ne soupçonnais pas, absolument pas. Si la volonté de puissance reste très vague,
deux idée par contre me saisissent. La première c'est le "ça pense en moi", intuition incroyable qui me fait comprendre le "dans ce "miracle des miracles" la conscience n'est qu'un
"instrument", rien de plus".


 


La seconde est celle contenue dans le commentaire de Zweig qui conclut ce premier post. Je n'avais jamais pu imaginer autre chose que ce "but accoutumé" comme but de toute philosophie. Sans doute
parce que je l'imagine comme une quête du bonheur dont j'ai l'intuition qu'il ne peut se trouver ailleurs que là où le trouve Tolstoï: "J'ai vécu tant de choses et je crois avoir trouvé à
l'heure qu'il est le secret de mon bonheur. Une vie tranquille et retirée du monde à la campagne, avec la possibilité de me rendre utile pour les gens auxquels il est si facile de venir en aide
et qui n'ont jamais étaient habitués à recevoir. Et le travail qui espérons-le peut avoir son utilité; puis le repos, la nature, les livres, la musique, l'amour de son prochain, telle est ma
conception du bonheur. Et enfin, plus que tout le reste, toi pour compagne, et des enfants peut être: que peut désirer de plus le coeur d'un homme?" Léon Tolstoï, Le bonheur conjugal

julien 21/05/2013 17:27



Le "ça pense en moi" est, je te l’accorde, une pensée lumineuse qui peut bouleverser une vie. Deleuze aime la rapprocher de cette autre phrase extraordinaire de Rimbaud :
« Je est un autre ». Elle permet de saisir aussi bien ce que Spinoza voulait dire lorsqu’il disait que renoncer à son libre-arbitre c’était retrouver la joie paisible du
nécessaire, elle permet de comprendre ce que Freud entend par « inconscient », elle permet de saisir pourquoi Deleuze parle du désir en terme de processus, d’individu en terme de
devenir, de la vie psychique en terme de lignes, de fêlures, de cassures, de ruptures. .. elle permet aussi de saisir en quel sens la phénoménologie veut retrouver la pensée du corps…


 


Quant au commentaire de Zweig, il ouvre les yeux sur un préjugé solidement ancré : nous sommes encore tributaires de la définition du philosophe donnée par les Grecs. Nietzsche
nous montre une nouvelle voie : faire de la philosophie aujourd’hui c’est ne plus chercher à être « philosophe » ! Oublier cette sagesse qui est la fuite dans des
arrière-mondes, la dévotion à des idéaux chimériques pour lui préférer le grand « oui » à la vie, au devenir, et au réel.