Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 16:54


Qui est Francis Bacon ? Francis Bacon est un peintre Irlandais largement autodidacte né à Dublin en 1909. Il deviendra l’un des peintres majeurs du XX ème siècle. Bacon aborde une série de thèmes de façon récurrente, obsédée même : la Crucifixion, le portrait du Pape, l’homosexualité, le mouvement, l’autoportrait et les portraits. Son traitement du corps humain rend son œuvre remarquable : corps flous, tordus, coulants, triturés, athlétiques ou recroquevillés, disséqués, décomposés. Il meurt à Madrid en 1992.

 
 

 


Ce que j’aime chez Bacon, c’est son intérêt pour la figure humaine, pour l’homme plutôt que pour la scène, l’histoire, la narration. Il ne peint pas le spectacle, mais la figure humaine face à la tragédie, la figure humaine en lutte contre la menace de mort. Ce que j’aime, c’est son habileté à déformer l’apparence humaine pour rendre compte du mouvement, de la réalité de l’individu, de ses sentiments, joies et drames. Le sujet, l’homme est toujours reconnaissable dans les portraits de Bacon. J’aime son effort de compréhension, d’approfondissement ; d’ailleurs, beaucoup de ses toiles sont des « études ».

 

 

Peindre le cri:

Francis Bacon débute son parcours artistique avec « Trois études de figures au pied d’une Crucifixion » en 1944. C’est un tableau très dur qui horrifiera tous les visiteurs de sa première exposition. Il ne représente pourtant pas une crucifixion ni une action violente. La violence est traduite dans les figures monstrueuses, exprimant haine, voracité, cauchemar. Bacon explique : « je veux peindre le cri plutôt que l’horreur ». Peindre le cri, ce n’est pas peindre l’action violente mais rendre compte de l’effet de cette action sur l’homme par la violence expressive des figures. Elles sont d’ailleurs placées sur des sortes de tables ou tabourets faisant office de socles ou d’estrades sur un fond régulier ce qui fait d’elles les uniques sujets du tableau. Ces figures sont moitié humaines, moitié animales, avec des expressions horrifiées et douloureuses difficilement plus universelles.

 

Bacon reprend bien des années plus tard ce triptyque, en 1988, dans un format largement plus grand et de façon plus achevée. La photo ci-dessus représente cette seconde version

 

Un autre cri peint par Francis Bacon est le célèbre portrait du pape Innocent X dont il réalisera de nombreuses études. Bacon travaille à partir de reproduction du portrait du pape par Velasquez qu’il admire. Il transforme le doux sourire du pape en un cri déchirant d’une puissance incroyable.


 

Une vision de l’homme : Bacon a dit « ce que je veux faire, c’est déformer la chose et l’écarter de l’apparence mais dans cette déformation, la ramener à un enregistrement de l’apparence ».


Pour le portrait de Henrietta Moraes, 1969, comme pour tous les portraits, Bacon triture les pigments, il passe des chiffons, des brosses, des éponges pour déformer les traits de la figure. On pourrait presque dire qu’après avoir représenté son sujet, il le déforme. Les effets obtenus sont le flou, la superposition, la distorsion. Bacon obtient ainsi un « enregistrement » proche de celui de la photographie moderne. D'ailleurs, il a souvent travaillé à partir de clichés et fut particulièrement sensible aux photographies de décomposition du mouvement. Sa seule préoccupation est la figure: le reste de la toile est traité de façon monochrome.

 

Bacon citera Cocteau « Chaque jour dans le miroir je vois la mort à l’œuvre ». On ne sera donc pas surpris par la part de tragique de ses autoportraits. Car les déformations, les triturations qu’il met en œuvre conduisent à un enregistrement plus personnel de la figure, de l’être, de soi. Les parties évanescentes, floues sont peut-être celles qu’il est incapable de reproduire, qui changent, qu’il ne ressent pas ou moins, c'est peut-être aussi le début de la disparition de son corps. Les déformations sont peut être des conséquences de ses gestes, de ses mouvements, ou des questions qui le tiraillent, des pulsions, des blessures, des forces érotiques ou des traces de lutte. En tout cas, la peinture de Bacon semble avoir le pouvoir d’atteindre l’âme et le cœur en profondeur.


 

Où voir des œuvres de Bacon ? Le centre Georges Pompidou expose à Paris une dizaine d’œuvres de Francis Bacon parmi lesquelles « three figures in a room » 1964, « Self Portrait » 1971, « Study of the human body » 1981-1982, « Study for a protrait » 1978.


 

 

Repost 0
Published by jean-charles - dans Peinture
commenter cet article
27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 17:45


Qui est Jean-Michel Basquiat ? Jean-Michel Basquiat est un artiste Américain d’origines haïtienne et portoricaine, né à New York en 1960. D’abord graffiteur exerçant dans les quartiers de SoHo et East Village sous le nom de SAMO, sa peinture deviendra en peu de temps populaire et applaudie dans le marché de l’art en pleine explosion des années 80. Basquiat côtoie les plus grands et se lie d’amitié avec Andy Warhol de laquelle naîtra une collaboration. Basquiat meurt en 1988, laissant une œuvre extrêmement forte et inquiétante : « c’est à 80% de la colère » dira-t-il.

 
 


 

Ce que j’aime chez Basquiat, c’est l’urgence intérieure de l’artiste. Dans sa nécessité de créer, Basquiat a souvent utilisé des portes, des réfrigérateurs, des tables ou chaises comme support. J’aime son renoncement à une peinture esthétique pour plutôt délivrer un message pictural colérique, primitif, obsédant. Basquiat renforce ce message par une multiplication des références, des symboles, des matériaux sur la toile, par un affleurement les sons, des mots, des phrases ou des onomatopées si bien que sa peinture devient cri, explosion. J’aime sentir cette pulsion, ce désir brutal et intense de communiquer que devait éprouver Basquiat. Timide, il se retient et soudain explose sa colère et tout ce qu’elle contient d’expériences et références. Ses peintures sont des entrées dans sa mémoire et les luttes, les combats, l’environnement, les références ou les héros côtoient souvent des éléments autobiographiques.

 

 
La ville,  incohérente et dangereuse :


Depuis son enfance, Basquiat évolue dans un environnement urbain. Deux expériences vont, en particulier, marquer son œuvre. Son activité de graffiteur d’une part. D’autre part, une voiture le renverse en 1968 alors qu’il joue au ballon et pendant un mois d’hospitalisation, il lira le manuel d’anatomie de Gray. Cet ouvrage aura une grande influence –représentation d’organes, d’os, de clichés radiographiques, …- et les nombreuses collisions de voitures de son œuvre feront échos à cet accident.



Basquiat suggère la ville par les formes rectangulaires qui sont celles des immeubles, par le trafic automobile ou par les grondements sonores. Le traitement du fond et l’agencement des éléments graphiques en fond un ensemble incohérent, éclaté. L’hétérogénéité du vocabulaire stylistique et des contenus exprimés rajoutent à la confusion. Les éléments jaunes de Sans Titre, 1981 sont peut-être une évocation des graffitis, une affiche présente un héro couronné, un avion est représenté dans un cadre noir. Basquiat met également la violence. Ainsi, dans Red Man, 1981, la silhouette ensanglantée entourée d’une ligne noire rappelle les traces laissées par la police après un accident. La destruction apparaît dans les formes incomplètes ou triturées des immeubles. Dans Red Man, 1981, c’est une partie de la toile qui semble arrachée comme un effondrement laissant entrevoir le tumulte des rues voisines.


 

 
Basquiat dénonce la société américaine :

« Par ses références multiples à l’histoire américaine et par le détournement spécifique de symboles[…], Per Capita est un excellent exemple de la forme très consciente d’appropriation et de transformation des matériaux existants aux fins de renforcement du message pictural concerné » Leonhard Emmerling.



Un boxer noir couronné fait figure de héros dans Per Capita, 1981. Il tient dans sa main une flamme et sa posture n’est pas sans rappeler celle de la statue de la liberté. Au dessus de sa tête, on peut lire « E PLURIBUS », allusion à la devise proposée par les politiciens américains John Adams, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson en 1776 : « E PLURIBUS UNUM » -« un seul à partir de plusieurs ». Basquiat évoque sans conteste les idéaux d’égalité et de liberté malmenés aux Etats-Unis.

En haut à gauche du tableau, dans une liste alphabétique des Etats des Etats-Unis brutalement interrompue, Basquiat fait correspondre à chaque Etat une somme d’argent : Alabama, $7,484 ; Arizona 8,646 … A droite du tableau, on peut lire « PER CAPITA », terme emprunté au monde de la finance, revenu « par habitant ». Là se trouvent peut être les causes d’inégalités ?

 

 

 

Où voir des œuvres de Basquiat ? Deux de ses œuvres font partie de la collection du musée d’art moderne en France Sans titre, 1984 et Slave Auction, 1982 et sont exposées au Centre George Pompidou.


Repost 0
Published by jean-charles - dans Peinture
commenter cet article